POHDH
PLATE-FORME DES ORGANISATIONS HAITIENNES DES DROITS HUMAINS

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Une frontière de trop !

mardi 29 octobre 2013

Les relations haitiano-dominicaines ont été depuis toujours tendues et complexes. L’hostilité, le rejet et l’hypocrisie ont marqué et marquent encore les relations entre les deux pays. L’évènement récent témoigne une fois de plus l’expression de cette complexité et des comportements qui en découlent. Sans vouloir s’attarder sur les considérations historiques qui sont à la base des problèmes auxquels font face les deux Etats dans leurs relations, la POHDH estime que l’arrêt du 23 Septembre de la Cour Constitutionnelle Dominicaine est un nuage qui vient assombrir un ciel qui n’était pas tout à fait bleu. Il constitue donc, une frontière de plus établie par les autorités dominicaines entre les deux parties de l’île.

En effet, cette frontière est en construction depuis des années et la nouvelle Constitution de la République Dominicaine de 2010 est l’un des pions posés concrètement. Selon cette Constitution : « La Citoyenneté ne serait accordée qu’aux personnes nées sur le territoire Dominicain, ayant des liens de sang avec un parent au moins, ou à ceux dont les parents étrangers étaient légalement résidents en République Dominicaine ». La POHDH croit le fait d’établir des critères de citoyenneté relève de la souveraineté de la République Dominicaine comme il est le cas pour tout autre pays. Cependant être souverain ne sous-entend pas qu’on peut poser des actes qui portent atteinte à la jouissance des Droits fondamentaux de la personne humaine. En ce sens, décider d’enlever la nationalité à quatre générations de Dominicains d’ascendance haïtienne pour la majorité, est une décision arbitraire en matière de Droits Humains. De plus, il est indignant et même inhumain de déclarer que des gens sont apatrides. Qui sont-ils ? Où sont-ils nés ? Quel attachement ont-ils à d’autres pays ou à Haïti ?

Conformément à l’article 14 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la République Dominicaine viole les droits acquis et la dignité des personnes concernées par cette résolution. Malgré les conséquences dévastatrices que cette décision commence déjà à avoir et aura sur les personnes concernées, la République Dominicaine ne manifeste aucune volonté de faire marche arrière. Quoi faire aujourd’hui pour répondre aux cris des milliers de Dominicains d’ascendance haïtienne qui sont exposés à cette situation pénible en République Dominicaine ?

Beaucoup de partis politiques, organisations sociales, organisations internationales ont fixé leurs positions en condamnant à l’unanimité cette nouvelle forme de violation des Droits de la personne exercée par les autorités Dominicaines. La POHDH se demande si ces témoignages de solidarité peuvent effectivement briser cette frontière de trop que la Cour Constitutionnelle Dominicaine a construite. Normalement, les autorités haïtiennes devraient se positionner fermement par rapport à cette décision. Malheureusement l’Etat Haïtien montre une fois de plus sa faiblesse en matière diplomatique dans la façon dont elle gère ce dossier. Mais la POHDH croit qu’il est encore tôt. L’Etat Haïtien a l’obligation de donner une réponse à la République Dominicaine par rapport à la résolution TC/ 0168/13 émis le 13 Septembre en République Dominicaine. Les citoyens haïtiens doivent aussi se solidariser avec ceux et celles qui sont concernées par cette mesure afin que les autorités compétentes arrivent à se prononcer clairement sur la question. Entre-temps la Plate-forme des Organisations Haïtiennes des Droits Humains (POHDH) plaide pour l’annulation de cette décision qui risque d’hypothéquer l’avenir des Dominicains d’ascendance haïtienne ainsi que les immigrés haïtiens vivant en République Dominicaine.